Le fil

Jacoulet à la BNF

Après un tour sur l’Exponaute, direction la BNF pour y voir Paul Jacoulet, grand admirateur de l’Asie. Une fois rendue dans l’unique salle de présentation, on sent tout de suite que quelque chose sonne faux. C’est en lisant le texte de communication que l’on comprend ce qui détonne tant avec nos attentes: les couleurs. On loue justement de l’artiste sa capacité à s’être affranchi avec ingéniosité des codes traditionnels de l’ukiyo-e, une gravure sur bois polychrome japonaise. Mais le résultat n’est pas au rendez-vous: les couleurs criardes se côtoient dans une cacophonie hétérogène. On se dit que l’artiste aurait du se contenter d’une gravure monochrome ou en noir et blanc, à croire que Jacoulet était achromate. Il aurait cependant mieux valu pour cela que la trame centrale soit intéressante, et rien de singulier de ce côté-ci non plus. Au même niveau qu’un comic bas-de-gamme, l’ensemble de l’exposition évoque un stand de cartes postales n’ayant pas fait leurs preuves : trop récentes pour être vintage, trop déjà-vues pour surprendre.

A mi-chemin entre le copiste et l’artiste, Jacoulet tente de kidnapper les personnages d’Hokusaï, qui prisonnier de ces images d’Epinal, deviennent de propres caricatures naïves d’elles-mêmes. Le scénographe a eu la mauvaise idée de mettre en comparaison des œuvres de maîtres japonais avec celles de Paul Jacoulet. Le constat est flagrant : la poésie de ce dernier s’est égaré quelque part dans le Pacifique, entre le Japon et la Micronésie. Bien que l’artiste n’ai pas réussi à s’affirmer en tant qu’avant-gardiste, on salue tout de même son savoir-faire. On imagine qu’avec un zeste de culot en plus associé à cette technique ancestrale, que maîtrise remarquablement Jacoulet, l’ukiyo-e pourrait au XXI e siècle être le point de départ de processus artistiques infiniment plus intéressants. Une salle était suffisante pour présenter le travail du graveur, on aurait presque envie d’en ouvrir une seconde ornée d’un « Jacoulet, la revanche ».

On se sent toujours dépité lorsque le savoir-faire et l’esprit ne s’accorde pas, mais c’est ainsi que l’on reconnaît finalement les vrais talents, lorsque les deux sont réunis…

★☆☆☆☆

Paul Jacoulet à la Bnf

Du 5 juillet au 4 septembre 2011

Entrée libre

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Cette entrée a été publiée le août 16, 2011 à 1:07 . Elle est classée dans Arts et Culture et taguée , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Suivre les commentaires de cet article par RSS.

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