Le fil

Rococo : beauté et sensualité

 

« Diane au bain » WATTEAU
Huile sur toile – 101 cm x 80 cm
Musée du Louvre, Paris

« Les Baigneuses  » FRAGONARD
Huile sur toile 64 cm X 80 cm
Musée du Louvre, Paris

« Conversation dans un parc  » GAINSBOROUGH
Huile sur toile – 73x 68 cm
Musée de Louvre, Paris

 

« Une jeune fille qui pleure son oiseau mort  »  GREUZE                                            Huile sur toile – 52×45,6 cm                                                                                      Edimbourg

 

La jolie élégie! le joli poème! (…) Elle est de face, sa tête est appuyée sur sa main gauche. L’oiseau mort est posé sur le bord supérieur de la cage, la tête pendante, les ailes trainantes, les pattes en l’air. Comme elle est naturellement placée! Que sa tête est belle! Qu’elle est élegemment coiffée! Que son visage a d’expression! Sa douleur est profonde, elle est à son malheur, elle y est tout entière. Le joli catafalque que cette cage! Que cette guirlande de verdure qui serpente autour a de la grâce! Ô la belle main! la belle main! le beau bras! Voyez la vérité des détails  de ces doigts, et ces fossettes, et cette molesse , et cette teint de rougeur dont la pression de la tête a coloré le bout de ces doigts délicats, et le charme de tout cela. On s’approcheroit de cette main pour la baiser, si on ne respectoit cette enfant et sa douleur. Tout enchante en elle, jusqu’à son ajustement. Ce mouchoir de cou est jeté d’une manière ! il est d’une souplesse et d’une légéreté ! Quand on apperçoit ce morceau, on dit : délicieux ! Si l’on s’y arrête, ou qu’on y revienne, on s’écrie : délicieux ! délicieux ! Bientôt on se surprend conversant avec cette enfant, et la consolant. Cela est si vrai, que voici ce que je me souviens de lui avoir dit à différentes reprises. Mais, petite, votre douleur est bien profonde, bien réfléchie ! Que signifie cet air rêveur et mélancolique ? Quoi ! pour un oiseau ! vous ne pleurez pas. vous êtes affligée, et la pensée accompagne votre affliction. Çà, petite, ouvrez-moi votre coeur parlez-moi vrai ; est-ce bien la mort de cet oiseau qui vous retire si fortement et si tristement en vousmême ?… Vous baissez les yeux ; vous ne me répondez pas. Vos pleurs sont prêts à couler. Je ne suis pas père; je ne suis ni indiscret, ni sévère… Eh bien ! je le conçois ; il vous aimoit, il vous le juroit, et le juroit depuis long-temps. Il souffroit tant : le moyen de voir souffrir ce qu’on aime ?.. Et laissez-moi continuer ; pourquoi me fermer la bouche de votre main ? Ce matin-là, par malheur votre mère étoit absente. Il vint ; vous étiez seule : il étoit si beau, si passionné, si tendre, si charmant ! il avoit tant d’amour dans les yeux ! tant de vérité dans les expressions ! il disoit de ces mots qui vont si droit à l’ame, et en les disant il étoit à vos genoux : cela se conçoit encore. Il tenoit une de vos mains ; de temps en temps vous y sentiez la chaleur de quelques larmes qui tomboient de ses yeux et qui couloient le long de vos bras. (…) Le sujet de ce petit poëme est si fin, que beaucoup de personnes ne l’ont pas entendu; ils ont cru que cette jeune fille ne pleuroit que son serin. Greuze a déjà peint une fois le même sujet; il a placé devant une glace fêlée une grande fille en satin blanc, pénétrée d’une profonde mélancolie. Ne pensez-vous pas qu’il y auroit autant de bêtise à attribuer les pleurs de la jeune fille de ce Salon à la perte d’un oiseau, que la mélancolie de la jeune fille du Salon précédent à son miroir cassé ? Cet enfant pleure autre chose, vous dis-je.  DIDEROT

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Cette entrée a été publiée le décembre 9, 2010 à 8:00 . Elle est classée dans Arts et Culture et taguée , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Suivre les commentaires de cet article par RSS.

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